Récits d'autrefois...

Récit d’un naufrage raconté par Pierre Massot

« Un matin d’avril 1921, la flottille de pêche au chalut, malgré un fort vent de Nord - Ouest prit la mer. Certains bateaux, vu le fort vent décidèrent de rentrer au port. Mais, il y eut 5 paires de barques qui malgré le temps, décidèrent de mettre le chalut à l’eau :

Marie-Louise et L ’Aigle

Claire-Maxime et Paul et Marie

Raymonde-Marie et Marguerite-Marie

Emile et Georges-Marie

Libre Penseur et Françoise-Marie

Au bout d’un certain temps de chalutage, le vent redoublant de force, on fut obligé de relever le filet. Mais, vu le contenu excessivement lourd de ce qui se trouvait dans la poche, nous eûmes beaucoup de peine pour embarquer le tout.

C’est en revenant vers le port, que le Marie-Louise, avec son filet sur le pont arrière où l’équipage s’affairait à trier le poisson et rejeter le restant à la mer, qu’une grosse déferlante lui inonda sa partie arrière, qui s’enfonça dans l’eau, le bateau se penchant sur tribord.

Il n’émergeait que deux ou trois mètres de falques de babord ainsi que le sommet de l’étrave, endroit où se réfugièrent les matelots. Florent Solane, le patron alla s’accrocher au croisement des vergues et du mât.

C’est le Paul et Marie, qui fut le premier à être sur les lieux et réussit à sauver les matelots et le mousse.

Après le Paul et Marie, ce fut le Claire-Maxime qui passant du côté opposé où était passé le Paul et Marie, tenta de sauver le patron. A cet effet Jean Homs patron du Claire-Maxime lança une bouée couronne vers le naufragé. Et moi, Pierre Massot, lançais une amarre qui tomba sur les bras de Florent. Dans la tempête, on avait beau crier : « Florent prend l’amarre, laisse-toi tomber sur la bouée couronne », qui avec le mouvement des vagues était passée sous lui, mais rien n’y fit, et, par la suite, on se rendit compte que Florent était déjà mort, puisque par l’effet des vagues par moment le corps était immergé, et en revenant hors de l’eau, on voyait cette dernière sortir de sa bouche grande ouverte.

Le troisième bateau à porter secours fut L ’Aigle.

Pendant ce temps, nous manoeuvrâmes pour revenir au vent.

L ’Aigle passa du même bord que le Paul et Marie, quand le bateau fut par le travers du Marie-Louise, Germain Homs, lança un petit grappin qu’il réussit à faire accrocher aux falques et pour toute sécurité, s’était passé une amarre autour de la ceinture, pour se jeter à l’eau et pour arracher Florent du mât.

La force de L ’Aigle sur l’épave ou autre chose fit que les bras de Florent se détendirent et il coula immédiatement.

Pour la deuxième fois nous passions à proximité du bateau chaviré, et assistâmes impuissants à la disparition du malheureux.

Avant notre deuxième passage, le Libre Penseur y était passé aussi.

Vers 1927 ou 1928, un chalutier de Port-Vendres, ramena un jour, trois morceaux de membrures reliés par une pièce en fer avec bague à un bout, et qui servait à accrocher les chaînes du palan pour hâler les bateaux. Comme ce n’est qu’à Banyuls que les barques étaient dotées de ces pièces en fer, il n’y eut pas l’ombre d’un doute que c’étaient des restes du Marie-Louise »